Extraits du prochain numéro à paraître (81)
Couverture du numéro 81

LA GNOSE, REVELATION ET CONNAISSANCE DE SOI
(extraits)

  

BRUNO PINCHARD

Illuminisme  et ésotérisme

Il faut une bonne dose d'inconscience pour se réclamer de la gnose aujourd'hui et se laisser tenter par une voie spirituelle qui promettrait la révélation de la gnose véritable ! Entre la publication, dans la collection de la Pléiade, des manuscrits trouvés à Nag Hammadi et les dénonciations toujours plus relayées du professeur américain Éric Vœgelin qui voyait, après la guerre, dans les messianismes politiques la sécularisation d'une tentation gnostique, entre la Nouvelle Gnose de Raymond Abellio et la gnose des prétendus scientifiques américains Guénon lui-même, ne fut-il  pas gnostique sous le nom de Palingénius et même évêque : quel chemin tracer, quelle ligne tenir, à quelle dignité intellectuelle prétendre ?

On aurait pourtant tort d'abandonner tout effort de clarification d'un Dossier où la tentation fait bon ménage avec la transgression autour d'une attitude intellectuelle qui remonte au fondement de notre civilisation.

Au commencement de tout, il y a l'interdit sur la gnose jetée par l'Église chrétienne. On ne peut dire que l'anathème ait été jeté au hasard, car il touchait juste et fort : au cours du IIe siècle après J.-C. un certain Irénée, issu d'Asie mineure, s'est retrouvé, après être passé par Rome, à la tête de l'Église de Lyon...

 

MIRCEA ÉLIADE

De l'origine au monde moderne

L'histoire des religions comprend généralement par initiation un ensemble de rites et d'enseignements oraux au moyen desquels on obtient une modification radicale du statut religieux et social du sujet à initier. Philosophiquement parlant, l'initiation équivaut à une mutation ontologique du régime existentiel. A la fin de ses épreuves, le néophyte jouit de tout autre existence qu'avant l'initiation, il est devenu un autre. Je vous rappelle qu'on distingue trois grandes catégories ou types d'initiation.

I - Trois grandes catégories d'initiation...

La première catégorie comprend les rituels collectifs sur lesquels s'effectue le passage de l'adolescence à l'âge adulte et qui sont obligatoires pour tous les membres de la communauté. La littérature ethnologique désigne ces cérémonies par les termes " rites de puberté ", " initiation tribale " ou " initiation de classe d'âge ". Les autres initiations se distinguent de celles de puberté en ce qu'elles ne sont pas obligatoires pour tous les membres de la communauté et que, la plupart se pratiquent individuellement ou par groupes assez restreints...

 

FRANCIS DELON

Un défenseur méconnu de la régularité maçonnique

Harold Charles Mamlock est un ressortissant britannique né le 10 mai 1877, à Paris et établi comme médecin au 20 rue Le Sueur. Il a été initié le 11 novembre

1918 au sein de la Loge " Anglo Saxon " n° 343, un Atelier anglophone fondé en 1899 par des Maçons anglais et américains sous la juridiction de la Grande Loge de France. Il devint ainsi le 158e membre de cet Atelier.

I - Harold Charles Mamlock et la Grande Loge De France
Sa candidature fut présentée par John Jarvis, ancien Vénérable Maître (1915-1916) et Edward Philip Denny, ancien Vénérable Maître (1904-1905) qui était surtout l'inamovible Secrétaire de la Loge (1899-1904 et 1905-1935). Passé Compagnon le 9 décembre 1918 et élevé à la Maîtrise le 24 février 1919, il fut ensuite élu, ainsi que le prescrivait le règlement intérieur, Garde des Sceaux et des Timbres en 1920, Second Expert et Député au Convent (représentant de l'Atelier à l'Assemblée Générale annuelle de l'Obédience) en 1921, puis Premier Surveillant en 1922. Le 10 novembre 1919, il fut, en outre, invité à prononcer sa première conférence historique, An American view of French Freemasonry...

 

BERTRAND HEYRAUD

Rome

Après avoir évoqué Alexandrie (Cahier Villard de Honnecourt n° 80) et fait un détour par Jérusalem il nous faut maintenant parler de Rome. Comme le dit si bien Lucien Jerphagnon, Rome est la fabuleuse aventure :

" D'une petite cité du Latium, peuplée de culs- terreux roïques, intellectuellement nulle au départ, mais douée d'une vitalité, d'une nacité, d'une capacité d'assimilation qui la dotèrent du plus grand empire qui fût, et d'une des plus durables civilisations. "

Il est évident que l'on ne peut aborder dans le détail ce millénaire qui s'étale entre ses débuts et 476, date dument estampillée de la fin de l'empire romain d'occident. Aussi, nous nous contenterons simplement de mettre en évidence quelques grands noms. Cela sera d'autant plus facile que le romain, pragmatique plus qu'on ne peut le dire, n'avait vraiment rien à faire des constructions intellectuelles en général et de la philosophie en particulier. Ce qui l'intéressait avant tout, c'était le pouvoir, l'administration et l'organisation. Autrement dit, l'action et la gouvernance des hommes. D'ailleurs la langue latine ayant la " rudesse " de ses origines paysannes, ne connaissait pas les nuances infinies de la langue grecque pour exprimer les choses de l'esprit...

YVES PAIX

La profondeur du Tout

La vie en ce bas monde, faite de souffrance et de mal, n'est plus qu'une anomalie, une aberration ou une épreuve. Le monde sensible est dominé par des puissances hostiles, dans lequel l'âme a été jetée

et emprisonnée et son enveloppe charnelle est sujette à toutes les vicissitudes.

I - Introduction

Cependant, il existe un monde serein, calme et transcendant Dieu règne et d'où vient l'essence même de l'homme ; essence évidemment purement spirituelle qui a conservé dans sa mémoire une parcelle de la lumière divine.

Jésus-Christ émane de ce monde d'en-haut d'où il fut envoyé pour sauver les élus, mais également, pour les y reconduire. Seuls ceux qui détiennent la gnose, la connaissance particulière du Tout, supérieur et éternel, du plérôme  où réside l'être absolu, pourront aspirer au retour dans leur " pays natal " et jouir des bienfaits éternels...

JACQUES CHRISSOS
C'est dans une théosophie chrétienne qu'est exposé le mythe fondamental  de la gnose chrétienne

Après l'étude de la gnose et du gnosticisme, dans l'article précédent, j'aimerais maintenant aller plus loin et m'attarder sur une forme particulière de la gnose qui est la théosophie.

Mais revenons un cours instant sur la gnose (gnôsis : action de connaître, connaissance, notion). Dans La République de Platon, distinguant le savoir de l'opinion, Platon considère que l'objet du savoir c'est l'existant, la connaissance de l'existant tel que celui-ci se comporte.

Toujours à la recherche de la vérité, le disciple de Socrate traite du simulacre, de l'art de produire des apparences illusoires, de la connaissance et de la non-connaissance, de celui qui sait et de celui qui ignore (Dialogue du sophiste). Le Théétète énonce qu'il n'est pas nécessaire de percevoir par les sens les choses que l'on sait mais que leur connaissance doit être conforme à la perception qu'on en a...

ETIENNE WOLFCARIUS
Un chemin de vie, toujours inachevé

Si l'on admet que la connaissance n'est pas un savoir ni une science mais un état d'être, alors la prétention d'acquérir celle du monde spirituel par des moyens objectifs ne peut qu'être vouée à l'échec, car ce n'est qu'en nous-même que nous pouvons en percevoir les principes, et non dans les objets d'attention qui nous sont étrangers. C'est dire que ce travail, qui prend appui sur une pensée discursive - laquelle s'exprime par des mots fatalement limités dans leur expansion - ne peut créer les possibilités de compréhension et de réalisation spirituelles suffisantes.

Toute science sacrée, qui prend en effet pour objet propre la nature et la constitution de l'être humain se rapportant à la connaissance des principes universels, relève, pour l'essentiel, d'une connaissance intuitive. C'est cette dernière qui, étant actualisée et incarnée au prix d'une renaissance nourrie par la compréhension du symbolisme, la perception du sens ésotérique des vérités révélées et la germination d'une influence spirituelle, peut favoriser l'affirmation de l'être et l'expression de son unité...

 

ALAIN VAN LEMBERGEN
Celui qui aime connaît Dieu

Les propos qui vont suivre ont un double but: d'une part, exposer certains aspects de la gnose et, d'autre part, essayer de réponse à la question : l'Évangile de Jean, sur lequel le Maçon prête serment, est-il un texte gnostique?

Précisons in limine les limites de ce travail car cette approche  du gnosticisme ne se fera qu'en fonction de l'Évangile johannique.

I - La gnose, essai de définition

De tous temps, l'homme s'est posé les questions : qu'ai-je ?  Que n'ai-je pas? Que n'ai-je plus? Que n'ai-je pas encore?

Cependant, vient l'instant se présente des interrogations d'un autre ordre et qui correspondent au passage de l'avoir à l'être: qui suis-je? Que suis-je? Que suis-je pour mon prochain? Quel sens donner à la vie?

Ces questions dites existentielles sont, entre autres, celles que se pose tout profane désireux d'entrer en Franc-Maçonnerie et qui lui seront effectivement posées : quels sont les devoirs de l'homme envers  Dieu, envers son prochain et envers lui-même?

A ces interrogations d'ordre spirituel, presque toutes les religions et philosophies ont tenté d'apporter une réponse. Il en va ainsi pour la gnose ou, plutôt, pour les tendances gnostiques...


ÉRIC DEBEURME
Un hérétique trop catholique

Le passage de Jésus-Christ dans ce monde a soulevé et soulève toujours de nombreux interrogations : qui fut cet homme présenté comme le fils de Dieu ?

I - Introduction

Etait-il vraiment Dieu fait homme parmi les hommes ou un homme divinisé au point d'être Dieu lui-même ?

A-t-il été choisi par Dieu lors de son baptême - ce qui est la thèse de l'adoptianisme des ébionites, notamment ?

Qui est mort sur la croix : l'homme Jésus ou le fils de Dieu ? Sinon, ne s'agissait-il que d'une apparence de chair et non d'un corps bien réel - ce qui est la thèse du docétisme des valentiniens - auquel cas l'Incarnation et la Résurrection n'ont pas vraiment eu lieu ?

Même la prédication de Jésus-Christ a suscité des débats multiples. Il est et a vécu en Palestine, comme ceux qui le suivaient et à qui il s'adressait mais n'était-il qu'un prophète parmi d'autres ou le fondateur d'une secte juive comme il en existait tant à cette époque ?

Quel était le sens de son discours lorsqu'il annonçait l'imminence du royaume de Dieu : l'accomplissement des écritures juives qu'il connaissait puisqu'il était appelé " rabbi " ou une conception nouvelle de ce même royaume ?

Si l'on considère que la nouvelle religion venant de Palestine pénétra rapidement dans l'empire romain et installa des églises (ecclesia : communauté)...


JEAN VAN WIN
Une forme de gnose maçonnique

Ce thème est le plus important et le plus difficile que véhicule le Régime Écossais Rectifié et, ce, pour deux raisons :  tout d'abord parce qu'il constitue la colonne vertébrale du rite, ou du régime,

autour de laquelle s'articulent toutes les autres notions et, ensuite, parce qu'il touche de fort près à la théologie que le Maçon ne peut évoquer en Loge, sauf avec une extrême prudence. Peut-être pourrait-on le qualifier aussi de sujet théosophique.

Tâchons de suivre la piste de ce qui constitue le cœur même de la doctrine qui donne naissance à ce rite.

Il est impossible de bien comprendre la nature profonde du RER si nos idées ne sont pas claires sur quelques notions de base telles que : la chute originelle dans la tradition judéo-chrétienne, la rédemption paulinienne de l'homme par le sacrifice divin, la réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine.

Commentons donc chacune de ces trois étapes, en détaillant un peu plus la troisième qu'il est essentiel de posséder à fond si l'on veut éviter de passer totalement à côté de la véritable spécificité des quatre grades maçon- niques rectifiés.

I - La chute originelle selon la Genèse biblique

Souvenons-nous de la tradition de la faute originelle : Dieu créa Adam et Ève dans un état de sainteté et de bonheur ; leurs corps étaient exempts de tout travail pénible et leurs âmes étaient riches de tous les dons naturels...


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